Approche psychologique des hémophiles

Le Dr A. Faradji est accompagné par M. A. Khelil psycho-psychothérapeute au CHU de Strasbourg comme intervenant durant la même période ( 02-03 mai 2009) prévue pour la formation kinésithérapique à Sidi Bel Abbès et à Oran.

Lors de la journée du samedi 02 mai, au CHU de Sidi-Bel-Abbès :  nous avons rencontré, 10  jeunes hémophiles, dont un garçon âgé de 11 ans et une fille âgée de 6 ans. Certains de ces jeunes patients (4 patients) ont déjà été vus en consultation psychologique au mois de novembre 2008. Nous avons pu constater chez eux  une évolution favorable de leur état psychologique (vision optimiste de l’évolution de leur maladie, mise en confiance, adhésion à la prise en charge psychologique) Les  six autres patients, nouvellement vus, lors de cette consultation, ont fait état d’un grand désespoir quant à l’évolution de leur maladie. Une vision très pessimiste, mêlée de signes dépressifs très marquants, caractérise le tableau psychologique de ces jeunes patients. En outre, nous avons pu relever, cliniquement, un syndrome post-traumatique consécutif aux incidents et accidents de parcours en rapport avec la découverte de l’hémophilie. Il existe chez ces 6 patients (notamment chez le petit garçon de 11 ans) une attitude de rejet et d’inacceptation de la maladie, rejet de la maladie majoré par un traumatisme psychique assez sévère. Il est indispensable que ces jeunes patients puissent bénéficier d’un suivi et d’une prise en charge psychologique, afin d’éviter une aggravation, voire une majoration de la symptomatologie décrite ci-dessus. Face au caractère très massif et de l’ampleur du traumatisme, nous avons confié à la psychologue du service de rééducation, le garçon de 11ans, en vue d’un suivi et d’un soutien psychologique.

Lors de la deuxième journée du 03 mai, à l’EHU d’Oran : nous avons rencontré quatre jeunes hémophiles, dont un petit garçon de 11 ans. Nous avons été particulièrement marqués par l’ampleur du traumatisme chez ces nouveaux patients. Il en ressortait, une particularité clinique en rapport avec l’image du corps et de son morcellement. L’hémophilie est vécue chez ces patients (hormis le petit garçon) comme une diminution, un affaiblissement, et à une plus grande échelle, comme un morcellement du corps, générant un sentiment de sous-estime et de dévalorisation de soi (honte, dégoût de son corps, angoisse intense, retrait du lien social. Il est aussi indispensable que ces jeunes patients puissent aussi bénéficier d’une prise en charge psychologique au long cours, afin d’éviter la majoration, voire une décompensation plus grave de leur état psychologique. Il en ressort à travers ces cas cliniques, que l’hémophilie soit vécue dans un registre de l’effondrement psychologique, du traumatisme et des signes probants de la dépression. Nous avons effectué ces consultations psychologiques en présence des psychologues de l’EHU, dont l’une d’elle a pris en compte l’intérêt et la nécessité de la prise en charge psychologique de ces jeunes hémophiles. Une discussion et un débat ont eu lieu avec les psychologues, au sujet des aspects psychopathologiques constituant la spécificité du tableau clinique de l’hémophile. 

" Nous remercions vivement la psychologue du CHU de Sidi-Bel-Abbès de nous avoir accueillis et d'avoir accepté de prendre en charge l'enfant hémophile que nous lui avons confié. Tous nos remerciements vont aussi à l'équipe psychologique de l'EHU d'Oran, et notamment au Professeur Halouma CHERIF, qui par son éclairage a contribué à la richesse de l'échange clinique qui a caractérisé cette journée"
Karim KHELIL